Equipe artistique
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ANTOINE MARNEUR
Elève au Cours Simon et à l’Atelier International de Théâtre (Blanche Salant, Paul Weaver), il participe à de nombreux stages à l’Institut Européen de l’Acteur avec Radu Penciulescu, Evgeni Arie et Oleg Koudriakov. Il se forme également à la Commédia dell’arte avec Mario Gonzales et Carlo Boso. Au théâtre, il travaille avec Jean-Claude Penchenat dans Le Chant du retour de Vera Feyder, Jacques Kraemer dans Dom Juan de Molière, dans Anne Marie de Philippe Minyana et dans Cocasseries II cabaret comique, Jean-Paul Cathala dans Edmond la vanille de J-P Cathala, Stefano Scribani dans Périféerie de S .Scribani ou encore Enzo Scala dans K Extrême de Mouza Pavlova. Avec la Compagnie Emmanuel Ray il tient le rôle principal dans Le Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos, Une Journée particulière d’ Ettore Scola, Quand nous nous réveillerons d’entre les morts de Henrik Ibsen, Le Médecin Volant de Molière ou encore Le Souper de Jean Claude Brisville. Il met en scène la pièce d’Enzo Cormam Le Dit de Jésus-Marie-Joseph et Salle des fêtes de Philippe Minyana. On le retrouve avec le Théâtre de la Forge dans Toït- Toït et dans Saint Just de Jean-Claude Brisville. Sous la direction de thomas Gaubiac, il joue dans le Dindon de Georges Feydeau. En 2001, il crée avec Catherine Depont le Théâtre du Détour. Leur première création Salle des fêtes de Philippe Minyana est jouée à Chartres en octobre 2002. On le retrouve dans Histoire d’Amour de Jean-Luc Lagarce mis en scène par Jean-Philippe Lucas Rubio et dans L’Aquarium de Louis Calaferte et La Maison du bout du de Philippe Minyana mis en scène par Thomas Gaubiac. En 2009, en résidence au Théâtre de Chartres, il met en scène A toute allure jusqu’à Denver d’Oliver Bukowski. Texte d’un jeune auteur allemand joué pour la première fois en France. Il anime régulièrement des ateliers et stages de formation. Au cinéma, on a pu le voir dans Drôle de Félix de Olivier
MARTINE DERRIER
Son itinéraire théâtral a commencé grâce à l’Education Populaire avec Jacques Vingler à Besançon où elle a pratiqué le théâtre amateur universitaire et a interprété de nombreux rôles du répertoire ou bien d’écritures collectives. Elle s’est formée parallèlement dans des stages professionnels avec Jacques Nichet, Didier Bezace, Jean-Pierre Vincent, Jean-Louis Hourdin, Jacques Patarozzi, Jacques Fornier. Après des études publicitaires puis esthétiques aux Beaux-Arts de Besançon où elle est diplômée du DNSEP, elle s’est décidée à faire des études de théâtrologie à Paris III (licence et maîtrise) avec Georges Banu et Monique Banu-Borie. Puis, elle s’est orientée vers la gestion des Institutions culturelles (DESS à Dauphine). Elle est devenue administratrice générale de structures comme le TBM dirigé par Pierre Santini, ou la Biennale Internationale des poètes en Val-de-Marne dirigée par Henri Deluy. Elle a créé un bureau de théâtre : « Les Petits Ruisseaux » où elle a travaillé à de nombreuses productions avec Philippe Adrien et Bruno Netter , Stéphane Olry, Jean Boillot, de nombreux jeunes artistes (elle a notamment contribué au lancement du collectif DRAO et de Jacques Vincey) et récemment avec François Chat, Antoine Marneur, Thomas Quillardet, et Benoît Marchand. Elle vient de mettre en place l’association DAJA avec Gérard Noiriel.
BRUNO DE SAINT RIQUIER
Diplômé du centre de la rue Blanche (l’ENSATT) en 1987 et formé au Val d’Oise Théâtre école dans les ateliers de Jean-Pierre André, Jacques Fontanel et Yves Marchand, son parcours professionnel associe mise en scène, interprétation et direction artistique, trois activités qu’il a toujours menées de front. Il fonde sa compagnie : le Théâtre de la Forge en 1990. Il a joué notamment dans La Ménagerie de verre (Jean-Pierre André, 1987), Le Bruit de la Vie (Théâtre de la Forge-1990), La Ronde (Théâtre de la Forge-1993), La mère confidente (Arthélème1998), Roméo et Juliette (Théâtre de la Forge-1999), Be-Bop (Théâtre de la Forge-2000), Les Bonnes et Conversations après un enterrement (Théâtre de la poursuite-2000). En 1992, Bruno de Saint Riquier développe un travail de fond autour de la lecture publique orale en créant Les Lectorales, et dirige ensuite divers ateliers de lectures. Assistant de Raymond Gérôme (La Maison du Lac avec Jean Marais et Edwige Feuillère, 1986), il signe sa première mise en scène en 1992, avec Les Voisins de James Saunders, pour le Théâtre de la Forge. Viendront ensuite une quinzaine de spectacle dont : La Ronde, Gilles et la Nuit, Roméo et Juliette, Be-Bop, Outrage à l’évolution, Toït Toït !, Les Nouveaux Diablogues, Lettres de Famille, Saint-Just autant d’étapes de l’aventure collective d’une troupe. Il joue et tourne actuellement Le Silence de la mer de Vercors mis en scène par Jean Paul Cathala Après quelques années passées au TEP de Guy Rétoré, il a dirigé pendant douze ans « le Nickel » Théâtre de Rambouillet, fidélisant un public nombreux autour d’une programmation exigeante, jusqu’à ce que la Ville de Rambouillet lui propose en 2002 une résidence artistique de trois ans, offrant ainsi à Bruno de Saint Riquier et à sa compagnie l’occasion de conforter et d’achever son projet artistique et d’actions culturelles.
MOUSS ZOUHEYRI
Né à Casablanca en 1959, un jour de janvier, Mouss quitte son Maroc natal et échoue en 1964 avec parents, soeurs et bagages sur une plage de la banlieue parisienne… Après une scolarité "plus que normale" et officielle, il se destine tout d'abord à un parcours en lettres supérieures au Lycée Louis Legrand de Paris. Mais conseillé par son professeur de philosophie, il met le cap sur des études de droit. En 1983, il s'invite au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris, où il fait une rencontre déterminante en la personne de son professeur d'interprétation Michel ,Bouquet. En 2006, il est Diplômé d’Etat de L’enseignement du Théâtre. Depuis il aura rencontré au cinéma Johnny Hallyday, Michel Galabru, Jerry Lewis… et travaillé avec Costa Gavras (Conseil de famille) ; Bernardo Bertolucci ( Le thé au sahara) ; Jean Teulé (Rainbow pour Rimbaud) ; Bruno Podalydes ( Dieu seul me voit) ; Mahmoud Zemmouri, Alain Centonze, Ian Pringle… On le voit dans de nombreux courts métrages de Yves Benoît, Jean-Luc Trotignon, Michel Bernede, Gilles Roméra, Anthony Souter…. Puis au théâtre, il travaille avec Jacques Nichet, Jacques Fornier, Shakespeare, Marivaux, Molière, Koltès, Mrozek, Keene, Chouaki … A la radio, Il enregistre plusieurs Dramatiques sur France Culture. Le milieu du show bizz devenant trop trépidant, il s'installe en 1996, avec femme et enfants en Bourgogne où il crée sa propre compagnie "La Ribambelle". Avec sa compagnie il continue de mener son métier de comédien et met en scène ses propres projets : En 1997 il crée « Les émigrés » de Slavomir Mrozek au Centre Dramatique Les treize Vents à Montpellier, Création 2001 « Low » de Daniel Keene au Théâtre de poche de Bruxelles. Création 2002 « Fabuki » extrait de stupeur et tremblements, roman d’Amélie Nothomb et résenté au Théâtre de L’Alliance Française de Paris 6 ème. Création 2005 « Monologues sans titre » de Daniel Keene (tournée 2005, 2006 et 2007 au Festival de Blaye et au Théâtre Mansart ) Création 2006 « Saleté » de Robert Schneider au Théâtre National Dijon Bourgogne (tournée 2006 et 2007)
EMMANUEL RAY
Parallèlement à sa maîtrise d’études théâtrales, Emmanuel Ray a suivi les cours d’art dramatique du conservatoire d’Orléans, puis la classe libre de Francis Huster. En 1990, il crée le Théâtre en Pièces et devient le directeur du Théâtre de Poche. En tant que metteur en scène, il a signé une vingtaine de mises en scène dont «Un songe de Saint-Antoine» en 1994, pour les 800 ans de la Cathédrale de Chartres (1ère collaboration avec Antoine Marneur), en 1995 «Le Journal d’un Curé de Campagne» de Georges Bernanos, «Une journée Particulière» d’Ettore Scola en 1996, «‘Aisha» de Christophe Bident en 2000, puis une trilogie autour de l’oeuvre de Raymond Cousse en 2003, «L’Annonce faite à Marie» de Paul Claudel en 2006, «Electre» de Sophocle en 2008, … En Roumanie il a créé deux spectacles dont «Antigone» de Sophocle, l’actrice principale a reçu le premier prix d’interprétation pour son rôle au Festival d’Istambul en 2004. En tant que comédien, il a joué dans une quinzaine de pièces : Hamlet dans «Hamlet» de Jules Laforgue, le comédien dans «Enfantillages» de Raymond Cousse mis en scène par Jean-Christophe Cochard, Jésus-Marie-Joseph dans «Le dit de Jésus-Marie-Joseph» de Enzo Cormann mis en scène par Antoine Marneur, … et dernièrement Talleyrand dans «Le Souper» de Jean-Claude Brisville mis en scène par Mathieu Genet.
NICOLAS SIMONIN
Nicolas approche la lumière très jeune, et cela devient vite une passion. À 12 ans, il fabrique un jeu d’orgue pour éclairer des spectacles de marionnettes, à 15 ans, il commence la découverte de l’éclairage scénique avec une compagnie de théâtre amateur. Spectacle après spectacle, il peaufine son approche de la lumière. Une formation technique au CFPTS en 1989, puis au TNS de 1990 à 1992 l’amène à travailler comme régisseur et concepteur lumière. Il rencontre alors Jacques Kraemer et tourne ses spectacles de 1991 à 1994 puis crée les lumières de “Bérénice” au théâtre de Chartres (1995) ; cette collaboration rependra plus tard avec “le Home Yid” (2002) et “Dissident, il va sans dire” (2003) et “Nina, c'est autre chose” de Vinaver, il réalise également la scénographie d' “Agatha” de M. Duras (2005) et “Phèdre Jouvet Delbo 39/45” (2006). A l’Athénée à Paris, de 1995 à 1997, il est régisseur de la salle Christian Bérard. En tant que concepteur lumière au théâtre, il a travaillé également avec Gérard Astor, Dominique Boissel, Sylvain Maurice, Olivier Werner (“Pélléas et Mélisande”, “Les Revenants”, “Les Perses”, “les Hommes Dégringolés”), Christophe Huysman (“Le monde HYC” en 2001), Marie Montégani ("K Lear"), Paul Desveaux (“Les Brigands”, “L'Orage”, "Maintenant ils peuvent venir"), Ivan Morane ("Paroles de Poilus") … Son approche de la scène change avec la danse : avec la Compagnie La Ronde (Domnique Brunet Bertrand Lombard) d'abord, puis avec Pascal Montrouge (“Pardon Mars !”, “Trans’héroïka”, “La théorie d‘Antoine”, “extérieur”, “Parce qu’il y a quelque chose en toi qui me tape sur les nerfs”) et Stéphanie Aubin sur plusieurs pièces dont “Ex‘Act” (avec ce spectacle il met en application sa recherche sur la lumière en mouvement avec de la vidéo-projection). Il collabore avec le chorégraphe Yan Raballand, avec lequel il réalise lumière et scénographie. Il crée des lumières et des décors à l’opéra : “Iphigénie en Tauride” de Gluck (Opéra de Bordeaux , 2000) “La Capricciosa Corretta” de Antonio Martin y Soler (Opéra de Lausanne, 2002), “La Fiancée du Tsar” de Rimsky Korsakov (Bordeaux, Théâtre du Châtelet, 2003) “Le Barbier de Séville” (festival lyrique de Loches, 2003), et réalise scénographie et lumière pour “Hop et Rats ” (Thierry Pécou, Ivan Morane) de “Barbe Bleue ” d'Offenbach (A. du Closel, L'onde, nov 06). Sa recherche sur la lumière en mouvement prend forme avec la vidéo : il approche et travaille l'image de A à Z et met en oeuvre des techniques de montage, d'effets, de tournage, de trucages... A partir de photographies numériques, de films ou d'images virtuelles. Il a d’abord développé un jeu d’orgue informatisé (“Le monde HYC”) pour gérer des mouvements complexes de lumière, puis en et s’orientant vers la lumière vidéo-projetée : il réalise des bandes d‘images pour éclairer et créer des espaces rythmiques (“Ex’Act”) des espaces ou l'image et la lumière se mèlent tel que dans "L'échange" de Claudel par Charlène Lyczba (octobre 2003) et "Histoire d'amour" de Jean Luc Lagarce, mise en scène JP Lucas Rubio (octobre 2004), du Dyptique Vinaver mis en scène par Jacques Kraemer. La lumière étant aussi créatrice d'espace, le pas vers la scénographie est franchi dans son travail : Il conçoit le dispositif scénique pour l"adaptation du "Barbier de Séville" en tournée et propose un travail simultané sur l'espace et la lumière avec Ivan Morane, Jacques Kraemer, et Sylvie Ollivier. Pour "Agatha" de Marguerite Duras mis en scène par Jacques Kraemer, il signe scénographie, lumière et image, il signe scénographie, lumière et image.
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Note de mise en scène
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La situation des personnes qui vivent à la rue, dans la misère, est un témoignage parmi d'autres de la violence de l'Etat dans notre société. Patrick Gaboriau et Daniel Terrolle La France est la cinquième puissance économique du monde et 60 % des Français ont peur de perdre leur logement ! S’il faut espérer que cela reste un fantasme, il y a là une sorte d’intuition fulgurante de la pensée qui sait qu’on peut tout perdre à tout moment parce que la société est précaire et que c’est une société sur laquelle on ne peut pas compter. Nous sommes dans un monde où existe une souffrance physique et psychique d’origine sociale. « Les sans-abri », « les sans domicile fixe », « les sans logis » ; « ils vivent dans la rue », « ils dorment sous les ponts » …déjà le caractère approximatif de ces termes ne renvoient-ils pas plutôt les SDF dans un nulle part, hors de l’espace social ? Dès lors, comment rendre compte au théâtre de cette souffrance physique et morale sans tomber dans une vision stéréotypée ou encore misérabiliste ? L’émotion s’accommode mal de la raison surtout lorsque la première tend à oblitérer la seconde. Le sujet est délicat et sensible. Au commencement, il y a la rencontre avec l’écriture de Daniel Keene, immense dramaturge et poète australien. Une écriture forte, poétique, parfaitement ciselée et profondément humaine… et puis une autre rencontre avec Martine Derrier et Gérard Noiriel, grand historien Français. L’envie de porter un projet ensemble autour de cette situation terrible des sans logis. Gérard va écrire un monologue, « En sortir ». Il va nous apporter son regard de chercheur en sciences sociales. La rencontre entre les deux écritures est passionnante. A travers des parcours singuliers et fracturés, deux sensibilités et deux écritures vont se croiser. Le texte de Gérard Noiriel s’inscrit d’avantage dans une réalité social et sociologique contextualisée en France. Un théâtre quotidien certes mais transcendé par la poésie du personnage. « En sortir » nous parle d’un homme déclassé, fracturé, brisé mais qui est mis en lumière par ce qu’il a de plus intime, de plus poétique, et de plus immanent. Alors, l’émotion se met au service de la raison en espérant que cette dernière pourra faire un chemin plus large là où l’émotion ne touchait que certains ! Dans l’écriture de Gérard Noiriel comme celle de Daniel Keene, la parole est au centre de la création. Elle est inscrite dans les corps. La création me parait se situer non pas à coté du texte mais dans l’inscription du corps dans l’espace suscité par l’espace textuel. Le plateau sera pratiquement nu. Pas de décor inutile mais juste un caddie de supermarché avec à l’intérieur une télévision, objet de tous les fantasmes et symbole de la désinformation qui caractérise nos sociétés de surconsommation. La télévision servira de support à une vidéo où l’on découvrira Marcel en conférencier commentant sa propre histoire. Pour structurer l’espace, à la manière des tableaux de Caravage, une lumière qui éclaire par moment certaines parties du corps du personnage. Marcel au début reste dans l’ombre comme ce peuple de la rue que l’on ne voit plus ou que l’on ne veut plus voir. Peut-être aussi pour ne pas se dévoiler trop tôt et mieux revêtir son costume comme une nouvelle peau. Marcel se déshabille en laissant ses vêtements sur le sol comme une trace. Une vie s’achève, une autre commence. Il y a de la pudeur, une inquiétude. Cette angoisse est ponctuée par des silences et le son d’un violoncelle. La parole est par moment difficile et impudique. L’homme, Marcel, doit inexorablement continuer à avancer, doucement, pour mieux nous parler, nous raconter son histoire. Marcel va « En sortir » pour ne plus être nulle part, pour pouvoir exister sans nulle autre raison, justification, compétence ou légitimité que celle, tout simplement, d’être. Pourquoi parler à travers le théâtre Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours gardé des liens étroits avec le monde associatif. Ces liens m’ont permis d’enrichir ma démarche de chercheur et aussi de lui donner un sens sur le plan civique, car je pense que les connaissances que nous produisons doivent être mises à la disposition de ceux qui sont au contact quotidien des problèmes étudiés par les sciences sociales. Progressivement, j’ai néanmoins pris conscience que les conférences « classiques » que je faisais pour répondre aux demandes des associations avaient un impact civique limité parce qu’elles intéressaient surtout un public déjà sensibilisés, d’étudiants, d’enseignants, de militants. Lorsque j’ai travaillé sur des sujets qui traitaient directement de la souffrance humaine (notamment la question de l’humiliation), je me suis rendu compte aussi que je ne pouvais pas exprimer le contenu émotionnel de ces recherches en mobilisant uniquement les ressources de l’écriture scientifique. Toutes ces raisons m’ont incité à fonder le collectif DAJA qui réunit des chercheurs, des artistes et des militants associatifs, pour élaborer des projets permettant de transposer dans des langages conjuguant l’intellect et l’émotion les connaissances savantes sur le monde social. « En sortir » est un texte que j’ai écrit avec l’aide de l’équipe artistique associée à ce projet, pour traiter une question qui me tient depuis très longtemps à cœur. Dès mes premières recherches sur le monde ouvrier lorrain, j’ai été frappé par le fait que les individus confrontés aux situations économiques et sociales les plus dures étaient presque toujours victimes de ce qu’on pourrait appeler une « double peine ». Non seulement leurs conditions de vie sont extrêmement éprouvantes, mais en plus ils doivent affronter le regard (apitoyé ou méprisant) de ceux qui les voient comme des individus « à problème ». Le simple fait de décrire, même avec beaucoup de compassion, des situations d’exclusion ou de très grande précarité peut conforter ces représentations dévalorisantes. Je me suis donc fréquemment demandé comment faire pour que mes propres écrits n’alimentent pas, à leur tour, cette stigmatisation. Les sociologues, les travailleurs sociaux, les élus, les artistes ou les journalistes, bref tous les professionnels du discours public, n’aiment pas aborder ce genre de questions car elles les interrogent directement sur leur rôle social, leur identité professionnelle, les raisons qu’ils aiment mettre en avant pour justifier leurs fonctions. Mais il suffit d’écouter les personnes au nom desquelles nous parlons en public, il suffit de lire leurs récits autobiographiques, pour comprendre l’enjeu majeur que représente aujourd’hui cette « double peine ». Le théâtre est à mes yeux le moyen le plus adéquat pour aborder ce sujet. Le théâtre est en effet l’art de la représentation par excellence. C’est un moyen privilégié pour comprendre à la fois intellectuellement et émotionnellement les formes de domination sociale qui résultent des inégalités dans l’accès à la parole publique. Le recours à la fiction permet aussi de prendre du recul par rapport aux enjeux politiques et sociaux, ce qui est une condition pour alimenter une réflexion collective qui n’a pas pour but de plaindre des victimes, ni de dénoncer des coupables, mais de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Pour écrire ce texte, j’ai puisé dans les écrits des historiens et sociologues, mais aussi dans les témoignages publiés par d’anciens SDF. J’ai imaginé un personnage engagé dans un effort désespéré pour sortir de l’exclusion mais qui, de ce fait, est contraint d’affronter les représentations que les autres ont construites du monde d’où il vient. Le texte montre un homme qui lutte pour conquérir le droit de parler publiquement à la première personne du singulier. Son combat est aussi une conquête de l’écriture. On touche ainsi à l’autre thème qui traverse le texte : l’accès à la culture comme acquisition d’une ressource, d’un moyen de « résilience ». Les psychologues et les sociologues ont montré que les individus qui parvenaient à devenir « écrivains de leur propre vie » entraient dans un long processus de transformation d’eux-mêmes qui leur permettait souvent d’échapper à leur destin social. Même si les exemples de résilience réussie sont peu fréquents, il y a là un défi que tous ceux qui luttent aujourd’hui contre l’exclusion doivent continuer à relever, car l’issue du combat n’est jamais connue à l’avance. Même chez les personnes en apparence les plus rétives à l’écriture et à la lecture, des dispositions enfouies dans l’inconscient peuvent se réveiller et s’épanouir à conditions qu’elles soient sollicitées. Contre la conception réductrice (misérabiliste) de l’action sociale que les pouvoirs publics cherchent aujourd’hui à nous imposer, le projet « En sortir » veut rappeler le rôle essentiel que peut jouer la culture dans la lutte contre l’exclusion et la stigmatisation. GN
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Présentation de l'auteur
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DANIEL KEENE
Né le 21 décembre 1955 à Melbourne, Daniel Keene écrit pour le théâtre, le cinéma et la radio depuis 1979.
Pour le théâtre, Daniel Keene à la fois comédien et metteur en scène, est en particulier l’auteur de Half & Half (2002), Scissors, paper, rock (2000 – consacrée meilleure pièce de l’année par le New South wales Premier’s Prize for Literature), Terminus (1996), All Souls (1993), Low (1991), Estrella (1990).
Depuis 1999, ses pièces sont également créées en France notamment par Jacques Nichet, Laurent Gutmann, Laurent Laffargue, Roland Fichet.
De 1997 à 2002, Daniel Keene a travaillé en étroite collaboration avec le metteur en scène Ariette Taylor. Ensemble, ils ont fondé le Keene/ TaylorTheatre Project. Daniel Keene a remporté le « Louis Esson Prize for Drama » en 1989 pour Silent Partner (porté à l’écran par le réalisateur australien Alan Tsilimidos) et en 1998 pour Every Minute Every Hour Every Day.
GERARD NOIRIEL
Directeur d’études à l’EHESS, Gérard Noiriel est co-directeur de la collection « Socio-histoires » aux éditions Belin et co-fondateur de la revue « Genèses. Sciences sociales et histoire ».
Il est également membre associé de l’Institute for Advanced Study de Princeton.
Spécialiste de l’histoire de l’immigration et de l’Etat-nation, il a publié une douzaine d’ouvrages. Il a également participé, en tant que conseiller historique, à une série d'une quarantaine de documentaires pour FR3 en 1990-1991, sur l’histoire de l’immigration en France.
Membre du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, il a démissionné en mai 2007 avec 7 autres universitaires, pour protester contre la création d'un ministère associant la question de l'immigration et de l'identité nationale.
Il a fondé récemment le collectif DAJA, afin de rapprocher les universitaires et les professionnels du spectacle vivant. Gérard Noiriel a impulsé également des projets théâtraux à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI).
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